Cartographie de l'oubli

Auteur : Niels Labuzan
Editeur : Lattès Paris
Publié : 2016
Type de document : 10-Livres
Cote : rentrée litt 2016
Résumé : 1889. Un petit groupe de soldats allemands débarque dans le Sud-Ouest africain pour instaurer une colonie de peuplement, signer des accords avec les tribus autochtones et apporter la civilisation. Parmi eux se trouve Jakob Ackermann, 19 ans, dont le visage est marqué par une large cicatrice. En 2004, un jeune Namibien métis cherche les traces de son passé. Premier roman.

C’est un épisode historique de l’Afrique que l’Occident a voulu oublier, faire oublier, en particulier l’Allemagne.

Il s’agit ni plus ni moins des prémices, de l’expérimentation de la solution finale dès le début du XXème siècle que les nazis mettront plus tard en place, durant la seconde guerre mondiale. Tout un peuple, noir, celui de la terre alors appelée « Sud-ouest africain » (qui deviendra plus tard la Namibie) minutieusement décimé au fil des années par le colon allemand s’étant approprié ces terres. Ici, c’est la mise en œuvre d’une extermination sans précédent : tortures, assassinats, empoisonnements massifs, camps de travail, de concentration, de mort, mise à feu des villages, tirs d’armes à volonté, etc. Des soldats aux ordres abjects de gouverneurs allemands, des hommes déshumanisés, rendant possible l’extinction de tout un peuple, de plusieurs peuplades même : Namas, Hereros, etc. Il y a ce Jacob Ackermann, arrivé dès 1889, homme passif, effacé, obéissant, il y restera plus longtemps que ses comparses, jusqu’au bout du bout. Son histoire d’amour avec Brunhilde est tragique, car sa fiancée s’apercevra ce que son homme est capable de faire, les ordres auxquels il est capable d’obéir par lâcheté, par ambition aussi. Une impression que chaque personnage de ce roman – car c’est bel et bien un roman présenté ici – reflète un état d’esprit singulier : le sanguinaire délirant, celui qui accepte de participer au génocide avec mauvaise conscience, celui qui tente la négociation, celui qui se contente de regarder, celui qui laisse poindre une once de compassion, et cette Brunhilde traumatisée par ce qu’elle voit, serrant les dents, finissant par s’insurger en prenant part à des groupuscules de libération du peuple noir, mais trop tard. Plus de 500 pages allant crescendo dans l’horreur et l’épouvante ;  pas une fiction non, une page d’Histoire ô combien lourde à porter, ici déterrée de main de maître par Niels LAUBZAN qui sort pourtant là son premier roman en cette année 2016.

 

Proposé par Laurent, bibliothèque René-Guy Cadou