Georges Desdevises du Dézert et la Grande Guerre

Georges Desdevises du Dézert est un universitaire et intellectuel engagé dans la vie locale. Il se veut conservateur et nationaliste, adhère à la ligue de la Patrie française dès la fin du 19e siècle et est proche de Jacques Bardoux. Dès le début du conflit, il se mobilise au nom de l'effort patriotique. Ses Récits de guerre décrivent, de la mobilisation générale en 1914 au Bloc des Gauches en 1925, la situation française et auvergnate. L'auteur nous offre son témoignage grâce à son travail de collecte de documents, constitué de correspondances et d'iconographie. Ses manuscrits retranscrivent des correspondances tenues avec ses amis, notamment ceux originaires de Caen, ses étudiants français ou étrangers, ses collègues partis au front. Il écrit également des textes en prose. Le but de son travail est de dénoncer les horreurs commises par les Allemands afin de prouver leur cruauté et leur barbarie. Cette thématique est omniprésente dans son travail tout au long de la guerre et même après la signature du Traité de Versailles. Il est important de rappeler que l'auteur, alors âgé de 16 ans, a été marqué par la guerre franco-allemande de 1870. 

Dans ses Récits de guerre, le témoignage de l'infirmière Mme Borel apparait, elle y décrit l'arrivée massive de soldats blessés, la mutilation des corps et l'omniprésence  de la mort. Dans la région flamande belge, elle est amenée à opérer pendant plus de trente-six heures, à réaliser des trépanations et à soulager des ypérites. Elle rencontre également les habitants de Fourmies, territoire occupé pendant le conflit par les Allemands. Elle décrit les mauvais traitements, les humiliations vécues par ses habitants qui sont aussi victimes de la dysenterie et de la tuberculose. Elle a pu rencontrer les troupes alliées et en dresse un portrait. Selon elle, les Anglais sont décrits comme de bons soldats mais elle blâme leurs infirmières. Les canadiens ne sont pas critiqués dans ce témoignage, contrairement aux Belges qu'elle tend à condamner car ils n'auraient pas subi le même traitement que les habitants des territoires français occupés. Ce témoignage reprend beaucoup de stéréotypes véhiculés notamment par la propagande française.

On découvre également dans ces récits le témoignage d'un jeune homme, condamnant l'Allemagne en évoquant son propre vécu de prisonnier au camp de Cassel. Il a été fait prisonnier en août 1914 jusqu'à l'armistice. A son retour, sa mère ne le reconnaît pas car il pèse seulement 47 kg pour 1 m 80. Ce camp est surnommé ici le « camp de la mort »  car les conditions de vies sont très difficiles. Le jeune homme a souffert de la faim et de mauvais traitements. Des Russes, des Français, des Belges, des Anglais et des Serbes sont internés dans ce camp et des épidémies de typhus y font des ravages. Les gardiens souffrent également de la faim et n'hésitent pas à s'accaparer les colis envoyés aux prisonniers.

Dans ses albums iconographiques, Georges Desdevises du Dézert accumule les photographies présentes dans la presse afin de dénoncer les destructions de la guerre, les champs de bataille et les cadavres. Il participe pendant le conflit à la propagande de guerre en organisant « Les conférences du village » notamment celle du 28 septembre 1918. Cette haine envers les Allemands restera longtemps et en 1919, il refuse toute collaboration avec la ligue suisse Die Menschheit (La voix de l'Humanité). Dans sa correspondance avec Jacques Bardoux, ce ressenti est également très présent et il refuse que l'université de Clermont-Ferrand s'ouvre à l'Allemagne.

La fin du conflit est marquée par la désillusion notamment lors de la conférence de Paix et Georges Desdevises du Dézert critique la position du président américain, Woodrow Wilson, et le manque de fermeté de la France. Un de ses proches, Raymond Foulché-Delbosc, livre ses impressions sur la conférence et qualifie le président Wilson de “gêneur”. Le professeur Chabozy voit toujours les Allemands comme “une menace perpétuelle”. Au moment de la signature du traité de Versailles, Georges Desdevises du Dézert semble rassuré, il pense que la France est sauvée. Pour la reconstruction de son pays, la nation doit rester unie afin de retrouver l'ordre et le travail. Mais elle doit rester vigilante face aux anciens ennemis tel que l'Allemagne et aussi au nouvel ennemi, le bolchevisme. Les politiques doivent alors rester unis pour éviter la révolution comme lors du défilé de la Victoire du 14 juillet 1919.

En 1921, Georges Desdevises du Dézert fait du "tourisme de guerre" et se rend en Allemagne afin de visiter les territoires occupés en Rhénanie. Il donne une image très négative de ces territoires et cristallise l'image de la propagande anti-allemande.

 

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