Henri Pourrat et la Grande Guerre

Dans son ouvrage Les Montagnards, Henri Pourrat a une approche historique et géographique du conflit. L’auteur célèbre les vertus des paysans auvergnats dans le conflit à travers un recueil de poèmes. Ces vers prennent la forme d'une chanson de geste dédiée aux auvergnats partant défendre leur patrie. Le courage, le sacrifice et la souffrance sont des thèmes récurrents qui font référence aux guerres antiques. Au début de l’ouvrage, Henri Pourrat décrit le départ des auvergnats s’effectuant dans l’allégresse, et reprend le mythe de la fleur au fusil. La réalité est pourtant différente car les hommes sont surpris par la mobilisation générale. Puis, le conflit avançant, la désillusion grandit parmi ces poilus d'Auvergne auxquels Henri Pourrat dédiait en 1915 ses Chansons de marche. A l’arrière, les auvergnats se réunissent pour surmonter le deuil, la souffrance des soldats et aussi celle de la famille.

 

Extrait du manuscrit des Montagnards

Dans Les Montagnards, Jean Theil est le personnage qui représente les vertus paysannes : bon père, bon époux, bon travailleur qui va sacrifier sa vie loin de son «pays». Claude est un autre personnage qui incarne le messager, le porte-parole, faisant le lien permanent entre le front et l'arrière par l'envoi de lettres et de colis. Trois types de femmes sont également décrits : l'épouse inquiète, la veuve inconsolable et la jeune fille qui n'aura pas d'enfant. Henri Pourrat invoque aussi des figures mythiques telles que Roland et Jeanne d'Arc, cette dernière étant vue comme une auvergnate car elle symbolise l’image du paysan-combattant. L'auteur veut lutter contre l'anonymat des tranchées, valoriser la terre et la paysannerie, et décrit l'Auvergne, plus que la France, comme la grande patrie. L'homme est appelé à rejeter la modernité et à faire un retour aux sources, à la terre. Henri Pourrat magnifie le sacrifice des poilus et dédie son ouvrage aux soldats d'Ambert, «aux morts et aux vivants», puis spécialement à son ami Pierre Armilhon, tombé en avril 1918 à Verdun. À l'origine, les Montagnards sont publiés en feuilleton, puis Pierre lui conseille de les publier en un seul ouvrage, lequel paraitra en 1919. Henri Pourrat connaît un succès important, et son œuvre est encensée autant par l'Académie française que par les revues régionales.

 

En collaboration avec Claude Dravaine, il écrit également une pièce de théâtre méconnue du grand public, intitulée L'Ouvrage 4. Elle est à mettre en lien avec la correspondance tenue avec les frères Armilhon qui évoque en détail la vie des poilus auvergnats. Elle est composée de cinq scènes, jouées par sept personnages principaux. Nous retrouvons les mêmes thématiques que celles abordées dans les Montagnards, notamment la guerre et le sacrifice. La toile de fond de la pièce est une position allemande à demi éventrée, violemment éclairée par les tirs d'obus, avec en arrière-plan un village qui brûle. La mort est omniprésente, baignant la pièce dans une atmosphère apocalyptique. Les poilus auvergnats mis en scène attendent des secours français qui leur permettraient de repousser l'attaque allemande. Pourtant les relèves françaises ne viennent pas, alors que les Allemands les encerclent. Les soldats ne voulant plus se battre préfèreraient retourner dans leurs tranchées mais une bergère apparaît alors et leur conseille de résister, leur rappelant tous les sacrifices déjà consentis. Au moment de l'attaque allemande, les auvergnats tentent en vain de résister. La bergère apparaît alors de nouveau avec une huque et une armure, sous les traits de Jeanne d'Arc - symbole de protection -, entraînant une armée d'hommes. Les poilus auvergnats sont présentés, de la même façon que dans les Montagnards, comme des héros.

L'effort de guerre d'Henri Pourrat passe avant tout par sa plume dans le but de louer la valeur des Montagnards, empêcher que leurs morts ne tombent dans l'anonymat et que leurs sacrifices ne soient oubliés.

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